L’argent est une drôle de créature.
Quand on n’en a pas, on pense à lui le matin, à midi, le soir, parfois même avant de dormir.
Quand on en a un peu, on veut en avoir davantage et quand on en a beaucoup, on découvre soudain qu’il existe encore beaucoup de choses à acheter. Bref, l’argent ne règle pas toujours les problèmes. Il peut aussi leur offrir un abonnement premium.
On nous répète souvent : « Il faut gagner plus. »
Alors on travaille plus, on accepte les heures supplémentaires. On prend un deuxième projet, puis un troisième. On répond aux messages professionnels à 23h47 avec le fameux : « Pas de souci, je regarde ça rapidement. »
Rapidement, bien sûr.
Et nous voilà avec plus d’argent mais moins de temps, moins de sommeil, moins de disponibilité pour nos proches et parfois même moins d’énergie pour profiter de ce qu’on vient de gagner. Mais au moins, le compte bancaire respire. Enfin, jusqu'à ce qu'une nouvelle dépense arrive.
Le piège du "encore un peu"
Le problème n’est pas forcément de vouloir gagner plus. Le problème commence quand "plus" devient une quantité qui n’existe jamais.
On gagne 200 000 ? On veut 300 000.
On gagne 300 000 ? On vise 500 000.
On atteint 500 000 ? On découvre que quelqu’un gagne 1 million.
Et comme par hasard, cette personne a exactement la voiture, la maison et les vacances qu’on commence maintenant à vouloir. Bienvenue dans le championnat mondial de la comparaison.
Le plus drôle, c’est qu’on peut passer des années à courir après une meilleure situation financière sans jamais prendre le temps de se demander : « Mais au fait, combien me faut-il réellement pour vivre correctement ? »
Parce qu'il est possible de gagner plus tout en vivant moins.
Quand l’argent devient le patron
À la base, on travaille pour gagner de l’argent.
Puis, subtilement, l’argent commence à nous dire où travailler, combien d’heures travailler, quelles décisions prendre et parfois même quelle vie mener. On voulait être financièrement libre mais on finit avec un agenda qui ressemble à celui d’un ministre et un téléphone qui sonne comme une alarme incendie.
On voulait une belle voiture.
On l’obtient et on découvre que l’essence, l’entretien, les vidanges et les réparations ont décidé de devenir des membres permanents de la famille.
On voulait une grande maison.
On découvre les factures d’électricité, l’eau, les petites réparations qui arrivent toujours au mauvais moment.
On voulait voyager.
On découvre que même les vacances nécessitent un budget.
Finalement, on ne possède plus seulement des choses, certaines choses commencent à nous posséder.
Alors, l’argent est-il notre ami ou notre ennemi ?
Ni l’un ni l’autre.
L’argent est plutôt un excellent serviteur et un patron particulièrement tyrannique. Tout dépend de la place qu’on lui donne.
Gagner plus n’est pas mauvais.
Vouloir réussir n’est pas mauvais.
Chercher une meilleure vie n’est certainement pas mauvais.
Mais si chaque augmentation de revenu entraîne automatiquement une augmentation des besoins, des dépenses et des ambitions, on peut passer toute sa vie à courir sans jamais avoir l’impression d’arriver.
Le véritable luxe n’est peut-être pas seulement de pouvoir acheter davantage, c’est aussi de pouvoir dire :
« J’ai assez. Maintenant, je peux profiter de ce que j’ai. »
Parce qu’au fond, à quoi sert de gagner toujours plus si l’on n’a jamais le temps de profiter de ce que l’on gagne ?
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